Mar 18 2008
L’institut Coin
Serge,
Merci de ton message. Cette periode est bien lointaine maintenant. Je suis retourné il y a quelques années au 16 de la rue des Poissoniers. Ils ont construit un immeuble à la place de la pension. C’est préférable de détruire le mauvais sort et cela rapporte plus.
J’ai passé trois années dans cet établissement. Beaucoup de souvenirs mais trés peu de bons souvenirs. Les meilleurs moments etaient le jeudi et le samedi aprés midi quand je pouvais finalement m’echapper de ce purgatoire. Ma destination en general était le cinema. Studio Obligado, avenue de la Grande Armee si mes souvenirs sont bons. On jouait toutes sortes de films d’aventure.
Je me rappelle du directeur, Mr. Coin et de ses deux filles dont une s’est marié quand j’etais là (56-58). Je vois encore son fiancé et le tapis qu’on leur avait offert dans la cour comme cadeau de marriage. Le refectoire avec la télé avec une seule chaine à l’époque qui tronait en haut dans un coin et que l’on venait voir trés rarement pendant une classe. La coupe du monde en Suede était retransmise et quelque uns de nous ont eu la chance de voir le match de la France contre le Bresil. Il fallait lever la main pour avoir du pain et l’on essayait de ne pas demander au surveillant qui avait l’habitude de se curer le nez. Il y avait le rosbif saignant et les choux rouges dont j’avais horreur. L’odeur du riz blanc servit sans rien. Meme maintenant quand je ferme les yeux et sent le riz blanc cuit, je me retrouve à la cantine.
Sous le preau, on jouait aux billes. Il y en avait en terre et en verre. On jouait aussi aux osselets.
Je me rappelle de faits traumatisant pour un enfant de 8 ans. Le pion qui pour nous punir nous avait fait apprendre des vers de latin et pour chaque faute nous mettais une gifle. Je m’en suis recolté treize d’affilé. Et le soir quand Mr. Coin a fait irruption dans notre dortoir et a giflé un pion parce qu’il avait giflé un élève qui ne devait pas avoir toutes ses facultés mentales. Puis il y avait les pions qui nous tapaient sur les doigts avec des tringles de fer.
Je me rappelle aussi de la douche du vendredit soir, seul occasion vraiment de nous laver. Comme des prisonniers nous avions aussi tous un numéro qui était cousu sur nos vetements.
A la fin de l’année scolaire, il y avait la distribution des prix. Ma mère et mon grand-père venaient chaque fois et rentraientt décu que je n’avais recu aucun prix. Cela aurait été dur pour moi vu l’immense tristesse que cet etablissement me procurait et ou j’étais ailleurs la plupart du temps. Je me rappelle que Mimoun, l’ancien champion de course a pied était venu pour remettre un prix. On nous avait aussi appris quelques chansons dont “Mediterranée”. Nous répétions avec un violoniste devant la cantine.
Tous les aprés midi à 4 heures nous avions droit au gouter. Pain et chocolat. Nous nous alignons dans la cour et une personne d’origine algerienne nous donnait le pain. Nous étions content si on recevait le crouton. Il n’en fallait pas beaucoup en ce temps la pour nous faire plaisir…
Je me rappelle aussi d’un prof qui était trés grand et que l’on disait qu’il chaussait du 46 de fillettes. Il était marié à une prof qui enseignait aussi à la pension. Je ne l’ai jamais eu comme prof mais je le vois encore traverser la cour à pas de géant surtout que nous n’étions pas trés grand à l’epoque.
Nous n’avions pas de télé ou de jeux de video à cette époque la, alors nous pouvions beaucoup plus utiliser notre imagination. Combien de fois en récré entre copains nous nous racontions un film du début jusqu’a la fin.
Il y en avait qui prenait des cours de musique dans les piéces du haut. J’ai ce souvenir d’un aprés midi ou nous entendions quelqu’un jouer “Julie La Rousse” sur un accordeon pendant prés de plus d’une heure.
Finalement j’ai été “libéré” en juin 1957. J’ai eu la chance de partir dans la Sarthe chez des cousins ou j’ai passé une année au grand air. Cela m’a fait énormement de bien. Malheureusement cela ne m’a pas eviter de retourner en pension l’année d’après à Saint Germain en Laye pour deux annees.
Puis ce fut le miracle. En Juin 1961 nous sommes partis pour l’Amerique en bateau. Que ce reve ne se termine jamais…
On raconterai cela à nos enfants, ils nous croiraient à peine. J’éspère que mon récit t’a fait remonter le temps mais ne t’a pas trop déprimé. La vie est trop courte et il faut l’apprecier le plus possible.
Leave a Reply
Related Posts
- No related posts